La réponse à la guerre commerciale est politique

La réponse à la guerre commerciale est politique

La guerre, écrivait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Le militaire prussien visait évidemment les conflits armés, mais son analyse pourrait probablement être transposée aux hostilités commerciales qui opposent aujourd’hui les Etats-Unis à la Chine. Depuis son élection, le Président Trump a multiplié les déclarations et mesures offensives contre son partenaire économique, adoptant des dispositions commerciales pour sanctionner les importations chinoises. Il est loin, le temps où certains commentateurs parlaient de la «Chimerica» pour décrire les liens économiques harmonieux qui unissent les deux puissances. La nouvelle politique américaine marque une double rupture.

Une rupture économique d’abord : à court, moyen et long termes, cette politique protectionniste aura des effets néfastes sur les consommateurs américains et l’économie globale, comme Emmanuel Combe le montre clairement dans une étude récente (1) : « le protectionnisme généralisé n’est pas un bon calcul économique ».

Et pour cause : les produits industriels importés sont souvent le fruit d’un assemblage de composants fabriqués partout à travers le monde. L’iPhone en donne un bon exemple : son appareil photo est japonais, sa puce mémoire sud-coréenne, sa puce de gestion d’énergie britannique, ses circuits taïwanais, son processeur d’interface utilisateur néerlandais et son émetteur-récepteur américain. Les employés chinois qui l’assemblent ne contribuent qu’à 1 % de sa valeur ajoutée (2). Dans ce modèle de production, les barrières commerciales deviennent des obstacles à la production, au détriment de tout.

OMC. La Chine a rapidement répondu à l’offensive, en imposant des mesures de rétorsions ciblées plus particulièrement sur les comtés américains qui avaient soutenu Donald Trump. L’économie chinoise a également réagi, en délocalisant les chaînes de production qui peuvent l’être facilement vers les pays du Sud-Est asiatique, et en innovant, automatisant, et développant toutes les solutions qui permettent de faire baisser les coûts.

Les soutiens du libéralisme économique doivent parvenir à convaincre

Une rupture politique ensuite : le libéralisme postule que, dans l’ordre international, la multiplication des échanges économiques et humains permet d’assurer la paix et de rapprocher les peuples. Le discours populiste s’inscrit à l’inverse radical de cette vision : selon lui, ce sont les échanges commerciaux et les migrations qui ont contribué à déliter les peuples, déstructurer les sociétés et affaiblir les nations.

La réponse à la guerre commerciale est évidemment économique : l’OMC doit retrouver son utilité. Anne Krueger, ancien chef économiste de la Banque mondiale, s’en inquiétait récemment, écrivant que « le système commercial mondial pourrait s’effondrer ».

Mais la réponse est également politique. Les soutiens du libéralisme économique doivent parvenir à convaincre. Dans ce but, clamer aux électeurs qu’ils ont tort ou se fourvoient, ne peut suffire (voire se révéler parfaitement contre-productif) : qui peut croire qu’insulter ses clients est une stratégie intelligente ? Il faut défendre un projet, c’est-à-dire une offre politique capable de faire concurrence à celle, largement démagogique, des populistes. A ce jour, cette offre manque cruellement…

(1) Résister à la tentation protectionniste

(2) Dedrick, Kraemer, Intangible assets and value capture in global value chains : the smartphone industry

Op/Ed paru dans l’Opinion du 01 octobre 2018

Photo Fancy Crave on Unsplash

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