Avec Luxottica, Essilor confirme son offensive dans le solaire

Avec Luxottica, Essilor confirme son offensive dans le solaire

L'union entre le verrier français Essilor et le fabricant de montures italien Luxottica  va donner naissance à un poids lourd du secteur de l’optique... qui laissera peu de place à ses concurrents. 

Un chiffre d’affaires combiné supérieur à 15 milliards d’euros, avec plus de 140 000 collaborateurs et des ventes dans plus de 150 pays. Le mariage entre le verrier français Essilor et le fabricant de montures italien Luxottica a de quoi donner le tournis. Annoncé le lundi 16 janvier, cet accord vise à créer un "acteur intégré et mondial de l’optique". Essilor apportera à l’ensemble ses capacités  d’innovation et de production alors que Luxottica lui fera profiter de son large réseau de distribution, et de l’image haut de gamme de ses marques.


Et avec ce rapprochement, le nouveau mastodonte devient un pionnier. "En conjuguant leurs forces, ils seront les premiers à proposer au consommateur final une offre complète, innovante à la fois sur la qualité des verres et la diversité des montures. Cela va leur permettre de valoriser la qualité de leur offre", commente Maher Kassab, PDG de Galileo Business Consulting. Concernant l’empreinte industrielle, "cet accord ne changera rien pour Essilor en France", nous confirme un porte-parole. Le verrier dispose de trois usines et huit laboratoires dans le pays.

Face à un marché en perte de vitesse

Cette annonce est aussi la preuve de l’offensive amorcée par Essilor dans le solaire. Après avoir racheté le distributeur canadien de lunettes de soleil Suntech Optics en 2013, il a avalé la marque américaine Costa en 2014. Avec Luxottica et son large éventail de marques comme Ray-Ban, Persol, Oakley, Vogue Eyewear, le français s’ouvre en grand les portes du marché du solaire. Un enjeu stratégique alors que le secteur de la correction visuelle est en perte de vitesse, notamment aux Etats-Unis son premier marché. Essilor a donc dû trouver d’autres relais de croissance, notamment dans le domaine de la protection : "100% de la population mondiale a besoin de protection anti-UV", explique un porte-parole d’Essilor. Pragmatique, l’entreprise a aussi su se saisir à temps du sujet des lumières bleues émises par les écrans et les ampoules LED, accusées d’être dangereuses pour les yeux. Pour répondre à cette inquiétude grandissante, Essilor a lancé la gamme de verres Crizal Prevencia.

Un couple (trop) imposant ?

Mais cette évidente cohérence et la complémentarité des deux acteurs cache aussi un risque substantiel. Essilor est le numéro un mondial des verres optique, Luxottica des montures… Séparément, les deux étaient déjà régulièrement accusés de verrouiller le marché. Leur mariage devrait donc faire grincer des dents leurs concurrents, Marc Simoncini en tête. Le fondateur de Meetic et du site de vente de lunettes en ligne Sensee avait commandé une étude à la société Altermind en 2013. Il les accusait alors d’empêcher l’émergence de nouveaux entrants qui pourraient baisser les prix dans l’Hexagone."Six acteurs se partagent ce marché, accusait-il. Essilor détient le quasi-monopole des verres, Luxottica et Safilo se partagent l’essentiel des montures de marque, et cinq grands distributeurs réalisent 70% des ventes !" Désormais les plus petits acteurs devront faire face à un couple à la force de frappe décuplée par cette nouvelle maîtrise de la chaîne de valeur, une position inédite dans l’optique.

Article paru dans L’Usine Nouvelle, 16 janvier 2017.

Le rapport Altermind est disponible ici

Photo by ANDRIK LANGFIELD PETRIDES

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