L’internationalisation des circuits de F1 patine

L’internationalisation des circuits de F1 patine

Dimanche, Fernando Alonso (Renault), Sébastian Vettel (Red Bull-Renault) et Jenson Button (Brawn GP) s'élanceront sur le circuit de Sakhir. Ce sera le sixième Grand Prix de Bahreïn, émirat méconnu du golfe. Comme la Malaisie, Singapour, ou Abu Dhabi qui inaugurera son premier Grand Prix de formule 1 en fin d'année, Bahreïn a misé sur le sport automobile pour se faire connaître sur la scène internationale. Un besoin de communication qu'a su exploiter Bernie Ecclestone. En exportant la F1 dans des pays émergents, le grand argentier de la formule 1 en a profité pour accroître substantiellement ses propres profits en faisant exploser le fameux « coût du plateau », (le « privilège » de faire venir les écuries sur son territoire). En 2008, selon une étude du cabinet Altermind, les organisateurs des 20 Grands Prix, tous pays confondus, ont déboursé 274,4 millions d'euros à Formula One Group qui détient les droits d'exploitation de la F1. Un montant loin d'être couvert par les 197 millions d'euros des seules recettes perçues, celles de la billetterie. Ce sont donc les États qui financent aujourd'hui l'organisation de la F1. Les recettes des droits télé (258 millions d'euros en 2008), celles des packages VIP (102 millions d'euros) et des espaces publicitaires au bord des pistes (83 millions d'euros), tombent dans les caisses de Bernie Ecclestone. Les écuries touchent une petite partie de cette manne, les constructeurs apportant l'essentiel du budget (1,1 milliard sur 1,8 milliard d'euros) baisse de régime. Un modèle qui se fissure avec la crise. D'abord parce que l'internationalisation de la formule 1 a ses limites : en Chine, le bord des pistes est vide. Et le décalage horaire oblige Bernie Ecclestone à de drôles d'acrobaties : pour correspondre à des horaires de diffusion adéquats, le GP de Malaisie a lieu le soir, quand il pleut. Ensuite parce que les constructeurs automobiles, en difficultés, n'hésitent plus à remettre en cause l'intérêt de la F1. Ils tiennent à conserver des Grands Prix en Europe. Or, pour l'intérêt du sport, « il est important de conserver le maximum de constructeurs, dont Renault », estime Vincent Chaudel d'Ineum. Alors que le Grand Prix de France est toujours en suspend, Max Mosley, le président de la Fédération internationale de l'automobile (FIA) est sorti du bois début avril. « Bernie doit trouver un accord commercial avec des promoteurs en France », a-t-il estimé en marge du rallye du Portugal. De fait, les discussions buttent toujours entre Lagardère et Bernie Ecclestone. Un compromis devrait être trouvé d'ici fin mai. Pour le plateau, ce dernier réclame un minimum de 23 millions d'euros, avec une augmentation du prix de 10 % par an. Un tarif qui rebute le promoteur potentiel, Magny-Cours, dont le coût du plateau était moins élevé, ne rentrait déjà pas dans ses frais, malgré une subvention publique. Cette fois, l'Etat ne remettra pas la main à la poche. Le Premier ministre, François Fillon, a appelé Max Mosley pour le sensibiliser sur le fait que la F1 ne pouvait plus être financée sur fonds publics. Le conseil général des Yvelines s'est juste engagé à financer la construction du circuit sur Flins, berceau de l'usine Renault.

Article publié dans La Tribune, le 25 avril 2009.

Photo : Pascal Richier

Les organisateurs sont déficitaires

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Les frais de plateau par Grands Prix en 2008

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