« La sagesse de la foule, plus précise qu’un expert seul »

« La sagesse de la foule, plus précise qu’un expert seul »

INTERVIEW - Augustin Landier, professeur d'économie à Toulouse School of Economics, et David Thesmar, professeur de finance à HEC, font partie des experts des marchés de prédiction pour Altermind.

 

LE FIGARO. - Comment concrètement fonctionnent les paris sur la politique ?

 

Augustin LANDIER et David THESMAR. - L'idée de départ est très naturelle, elle s'inspire du principe de la Bourse : le cours d'une action d'entreprise mesure les croyances de l'ensemble des investisseurs et pas simplement de quelques experts. Appliqué à la politique, cela donne l'idée de « demander au marché » ce que vaut un billet de loterie qui rapporte un euro si un candidat donné gagne les élections. Si vous pensez que ce candidat a 80 % de chances de gagner, de votre point de vue, ce ticket vaut autour de 80 centimes. Donc si vous pouvez l'acheter pour 50 centimes, vous y verrez une opportunité. Du coup, quand on laisse les gens acheter et vendre ces tickets de loterie, leur prix nous dit ce qui se pense en moyenne sur les chances de succès d'un candidat.

 

Faut-il être un expert en politique pour participer ?

 

Non, il faut juste s'intéresser à la politique ! D'ailleurs, beaucoup de travaux scientifiques publiés ces dernières années montrent que les experts ne sont pas efficaces du tout lorsqu'il s'agit de prédire des événements incertains. Souvent ils sont trop sûrs de détenir la vérité sur ce qui va se passer, ils nient l'incertitude?

 

Chacun pourra-t-il consulter l'évolution des paris ?

 

Oui, c'est exactement l'idée. À chaque instant on aura donc un thermomètre qui nous dit ce que les gens pensent sur l'issue du scrutin. Non seulement, on pourra dire qui est le favori, mais on pourra mettre un chiffre sur la probabilité de différents scénarios et analyser « en direct» leur évolution.

 

Pourquoi le marché de la prédiction donne-t-il des résultats fiables ?

 

C'est ce qu'on appelle la « sagesse de la foule » : en mettant ensemble des opinions nombreuses et d'origines diverses on obtient une précision dans nos prédictions avec laquelle un expert seul ne peut pas rivaliser. Quand on y réfléchit, c'est aussi le moteur du succès de la démo­cratie.

 

Pensez-vous que le marché de la prédiction peut donner des résultats meilleurs que les sondages d'opinion ?

 

Historiquement, ils ont effectivement détecté des changements de tendance avant les sondages, par exemple pour les élections américaines. Le fait qu'il ­s'agisse de paris active la partie rationnelle, calculatrice, de notre cerveau plutôt que des réactions émotives. En plus, les gens qui jouent sont ceux qui ont une opinion plus établie, ce sont des curieux de la politique, donc ils sont plus informés que la moyenne. Mais l'avantage du marché prédictif, c'est surtout d'avoir une sonde à chaque instant, plutôt que des photos de l'opinion à quelques moments précis. Par exemple, pendant le débat Royal-Sarkozy en 2007, les marchés Newsfutures ont perçu en temps réel, que ce dernier avait pris le dessus.

 

Que gagneront les joueurs ?

 

Sur la plupart des sites de marchés de prédiction, les sommes mises en jeu sont extrêmement modestes, voire virtuelles. Il y a peu d'études sur le sujet, mais il semble que la motivation financière ne soit pas primordiale. Les marchés qui fonctionnent sur de faibles montants sont aussi précis, dans leurs prévisions, que ceux qui impliquent des paris plus importants. Cela peut paraître surprenant, mais ce qui motive les joueurs, c'est avant tout l'envie de gagner, pas celle d'être riches.

 

Article publié dans Le Figaro, le 28 janvier 2010, LIEN

Photo : rawpixel

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