Digital New Deal : Les relations public-privé dans la smart city

Digital New Deal : Les relations public-privé dans la smart city

Les smart cities au milieu du gué

L’urbanisation croissante fait face à de multiples défis : sécuri-té, pollution, gaspillage énergétique, changement climatique, inégalités, exclusion sociale, etc. L’utilisation des technologies numériques et des données doit permettre aux villes d’appor-ter des solutions à ces défis et d’assurer une meilleure qualité de vie pour leurs citoyens ainsi qu'un développement durable. Cette transformation digitale de la ville en une ville intelligente – une smart city – repose à la fois sur des investissements mas-sifs et sur une approche centrée sur le citoyen, qui suppose de partir de ses besoins et d’assurer la protection des libertés individuelles et de la vie privée. Elle implique également de s’attaquer aux inégalités sociales et territoriales, que les effets de réseau de l’économie digitale tendent à renforcer.

Portée par une dynamique indéniable entamée au début des années 2000, les perspectives de la smart city sont particu-lièrement prometteuses notamment en termes d’investisse-ments : le cabinet Roland Berger évalue le « marché mondial de la smart city » à 1.100 milliards d'euros d’ici 2025 (Roland Berger, 2017)1 alors que l’institut International Data Center (IDC)2 estime que les dépenses mondiales pour les techno-logies smart city devraient atteindre, en 2018, 80 milliards de dollars et 135 milliards de dollars par an dès 2021.

Pour autant, certains signaux conduisent à modérer cet en-thousiasme et interrogent sur la réalité du phénomène, qui reste finalement marginal tant en termes de nombre de villes concernées que de l’ampleur de la transformation digitale des infrastructures et des services urbains. Au total, ce sont moins d’une trentaine de villes françaises3 labélisées smart

city dans les différents classements européens des villes in-telligentes. Hormis les très rares cas de villes entièrement nouvelles, pensées d’emblée comme des smart cities - les plus emblématiques étant Songdo en Corée du Sud et Masdar à Abu Dhabi - la smart city actuelle concerne surtout des projets ponctuels restreints à un bâtiment ou une technologie, voire à un service ou un usage particulier. Ainsi, on recense comme des projets smart city des réalisations aussi variées que des in-vestissements physiques dans les smart grids ou le wifi linéaire public, la mise en œuvre d’une stratégie open data ou d’une plateforme participative ou encore la transformation intelli-gente d’équipements urbains existants par la mise en place de capteurs qui permettent l’optimisation des flux, une meilleure connaissance des conditions de production et d’utilisation des biens et services, ou enfin la circulation de véhicules autonomes.

Ainsi, aucun modèle de smart city ne s’est imposé à ce jour et le concept de smart city lui-même semble presque galvaudé. Certains acteurs de la ville intelligente, aussi bien publics que privés revendiquent une autre terminologie comme celles de la « ville décarbonnée », la « ville ressources », la « Fab city » ou le « territoire intelligent », comme pour mieux se démarquer de ce qui a déjà été fait ou mettre l’accent sur une dimension plus précise comme l’environnement ou l’inclusion des citoyens. Il s’agit surtout de passer à une nouvelle étape de l’innovation urbaine plus globale, durable, transversale et intégrée. Tel est le cas, par exemple, d’Engie, qui a fait évoluer son offre smart city avec le programme Better Cities Today, basé sur une solution globale regroupant l’ensemble des services urbains, qui vise à améliorer la connectivité, réaliser des économies, rendre les villes plus attractives ou optimiser l’efficacité énergétique.

Les smart cities sont en réalité au milieu du gué et le pas-sage à l’étape industrielle nécessaire pour que les territoires bénéficient des innovations passe par la levée d’un certain nombre d’obstacles liés aux usages, aux business models et à la gouvernance.

Pour lever ces obstacles, une des clés concerne les relations public-privé entre les différents acteurs de la ville, c’est-à-dire les collectivités publiques, les acteurs privés qu’il s’agisse des opérateurs urbains traditionnels ou des nouveaux acteurs privés de la ville (entreprises du numérique, start-up de ser-vices innovants, acteurs de l’économie circulaire) et enfin les citoyens, qui sont appelés à jouer un rôle à part entière. La présente note s’intéresse à trois leviers essentiels dans la ges-tion de la relation public-privé qui doivent permettre d’accé-lérer et de maîtriser la transformation digitale des territoires : la systématisation des évaluations socio-économiques pour dépasser le stade des expérimentations et l’adaptation des contrats public-privé d’une part et de la régulation d’autre part aux spécificités des smart cities…

Photo by an_vision on Unsplash

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